Entretien avec Youssef Amrani sur la politique africaine du Maroc: SM le Roi fait de la coopération avec les pays africains un axe majeur de la politique étrangère du Royaume

– Notre action diplomatique capitalise sur les acquis et met en œuvre une stratégie rénovée.

– Le Royaume entend hisser sa coopération au niveau d’un partenariat agissant et solidaire.

La politique africaine du Maroc, un sujet de première importance que remet fortement au gout du jour la stratégique tournée de SM le Roi Mohammed VI dans trois pays du continent : Sénégal, Côte d’Ivoire et Gabon.

Le rôle du Maroc sur l’échiquier africain, les contours de sa politique africaine érigée en axe majeur de la politique étrangère  du Royaume et les volets économique et sécuritaire constituent les principaux axes de notre entretien avec Youssef Amrani, Ministre Délégué aux Affaires étrangères. Entretien accordé aux quotidiens Al Alam et l’Opinion à l’occasion de la tournée africaine de SM le Roi.

 

L’opinion: La tournée de Sa Majesté le Roi  Mohammed VI en Afrique démontre, si  besoin est, l’importance qu’accorde le Maroc à son continent d’appartenance. Pouvez-vous, M. le Ministre, nous expliquer  le rôle que joue le Maroc sur l’échiquier africain?

Youssef Amrani: Avant toute chose, je tiens à souligner que la politique étrangère du Royaume vis-à-vis de l’Afrique a été voulue, dessinée, et impulsée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui n’a eu de cesse, depuis son intronisation, de faire de la coopération avec les pays africains, un axe majeur de la politique étrangère du Royaume. Il s’agit d’une vision royale basée sur quatre fondamentaux, à savoir l’ancrage historique, une solidarité agissante et à l’écoute des ambitions de nos frères africains, un engagement constant en faveur du développement socio-économique de l’Afrique, ainsi qu’une perspective rénovée, et qu’il appartient à la  diplomatie marocaine de mettre en œuvre.

Aujourd’hui, l’action diplomatique déployée en direction de l’Afrique se fixe comme objectif  de capitaliser sur les acquis importants du Maroc dans ses relations avec les pays africains,  tout en veillant  à mettre en œuvre une stratégie rénovée en phase   avec les perspectives de croissance prometteuse du continent africain.  Cette stratégie, déclinée en modes opératoires précis vise à optimiser les retombées positives du rapprochement entre le Maroc et l’Afrique et en asseoir la régularité et la pérennité. Elle passe par la conduite d’actions qui s’articulent autour de trois axes fondamentaux, la consolidation des relations politiques bilatérales, régionales, bi-régionales et bi-continentales, le déploiement d’une diplomatie économique dynamique en coordination avec les opérateurs économiques marocains, et une plus grande implication de certains acteurs de la société civile marocaine et africaine, afin de renforcer l’esprit d’appropriation commune.

Dans cette démarche volontariste, le Royaume entend hisser sa coopération au niveau d’un véritable partenariat agissant et solidaire, s’inscrivant dans le cadre d’une vision plus large, à savoir la coopération sud-sud. En témoignent les visites effectuées par Sa Majesté Le Roi dans plusieurs pays africain et les initiatives prises afin de  promouvoir davantage les liens avec nos partenaires et la signature de 500 accords en une décennie avec plus de 40 pays.

La nouvelle tournée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI vient bâtir sur les acquis et consolider les liens forts nous unissant avec ces pays tout en leur insufflant une dynamique rénovée pour élargir le spectre de la coopération actuelle. Elle constitue également un signal fort de l’attachement du Royaume à son prolongement naturel vital et stratégique sur une base de compréhension mutuelle, de solidarité et de coopération agissante.

De ce point de vue la nouvelle tournée de Sa Majesté le Roi, permettra d’ouvrir de nouvelles perspectives aussi bien sur le plan politique que sur celui de la coopération technique, cultuelle et du développement humain.

Je tiens à rappeler que la politique africaine du Royaume sous le règne de Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, a été marquée par le renforcement d’une coopération riche et diversifiée et la consolidation des acquis du passé. Elle se distingue par sa volonté d’ouvrir de nouvelles perspectives prometteuses notamment dans le domaine économique.

Cet engagement se traduit également par des formes de coopération renouvelée et rénovée, qui reposent sur des acquis profonds notamment les liens civilisationnelles et spirituelles, séculaires, humaines, géographiques et économiques.

A titre d’illustration, il me suffit de rappeler que le Royaume du Maroc accueille également plus de 8000 étudiants dans ses établissements supérieurs, dont 6500 boursiers, issus de 42 pays africains.

Pour le Maroc, c’est cette approche novatrice et inclusive, à la fois respectueuse du patrimoine et de notre héritage commun  africain qui est la mieux appropriée pour saisir les opportunités disponibles, afin de relever les défis multiformes et complexes auxquels fait face notre région. Dans ce sens, notre action conjuguée à l’effort international entend contribuer à la stabilité des pays africains et à l’amélioration des conditions de vie des peuples africains, la réalisation de leurs objectifs de développement durable, en faisant face à la pauvreté, à la marginalisation, à l’exclusion sociale, à l’analphabétisme et aux pandémies qui frappent le continent.

 

Parmi les menaces que vous venez de soulever, il y’a celle sécuritaire. A ce propos, le Maroc vient d’abriter une conférence en matière de Contrôles aux frontières dans le Sahel et au Maghreb. Pouvez-vous nous éclairer sur la tenue de cet évènement, ainsi que les actions menées dans ce sens?

La tenue de cette rencontre illustre, l’engagement soutenu du Maroc en faveur d’une intégration régionale cohérente, et met en valeur l’approche anticipative et réactive multidimensionnelle qu’adopte notre pays pour apporter des réponses adéquates aux menaces sécuritaires dans la région du Maghreb et du Sahel. Elle illustre également l’engagement du Maroc envers la stabilité et la sécurité de cette région et le respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale des Etats africains.

Le contexte régional particulier a contribué à donner une impulsion à l’approfondissement du dialogue politique avec nos partenaires africains et une implication et d’un engagement ferme du Maroc au niveau humanitaire. Le Maroc, en tout cas, reste déterminé à accompagner nos partenaires africains dans leurs démarches souveraines pour asseoir des espaces de paix et de prospérité partagée, en respectant les paramètres fondamentaux de la défense de la souveraineté et la préservation des choix nationaux des pays africains frères.

Je tiens à rappeler que cet engagement du Royaume ne date pas d’aujourd’hui car comme vous le savez, le Maroc a participé, d’une manière efficace, à diverses opérations de maintien de la paix, à l’instar de celle menée en République Démocratique du Congo et en Côte d’Ivoire.

Sur le dossier malien, le Maroc n’a eu de cesse de soutenir ce pays pour la restauration de son unité et son intégrité territoriale dans cette période difficile. Cet engagement appelle à l’adoption d’une approche globale, qui comprend toutes les dimensions à la fois diplomatique, politique, économique, cultuelle et sécuritaire, nécessaire. C’est tout le sens de la participation du Maroc aux travaux des deux derniers sommets des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO. A travers ces participations, le Maroc manifeste son engagement à jouer pleinement son rôle au sein des groupements sous régionaux pour faire du développement une œuvre collective en phase avec les attentes et les besoins des pays africains.

Je tiens à souligner que l’action multiforme en faveur du Mali s’est matérialisée par un engagement concret et volontariste dans le cadre des efforts des Nations Unies pour la recherche d’une solution définitive à ce conflit en mobilisant la communauté internationale sur l’urgence de cette question. Ceci s’est traduit par l’adoption de la résolution 2085 sous présidence marocaine du Conseil de Sécurité. Ce qui confirme le rôle du Maroc en tant que porte-parole du continent face aux différents défis politiques, sécuritaires et socio-économiques auxquels fait face la région du Sahel et du Sahara.

Cela nous oriente vers le volet économique de la coopération maroco-africaine, ses perspectives et ses horizons. Monsieur le Ministre, quelle place joue la dimension économique dans la politique africaine du Royaume ?

Evidemment, la dimension économique a une place prépondérante dans notre politique africaine. Elle constitue un ressort essentiel sur lequel s’appuie le Maroc pour favoriser le développement humain, la prospérité et partant, renforcer la stabilité et la sécurité de nos partenaires africains.

Je considère que la coopération avec les pays africains, n’est plus un choix mais plutôt un impératif pour permettre aux pays du sud de répondre aux aspirations de leurs populations pour un développement humain équitable et une croissance économique soutenue. Ceci passe nécessairement par une implication croissante des opérateurs marocains dans les efforts de transfert de savoir faire et de partage d’expertise.

Dans sa démarche, le Royaume n’épargne aucun effort pour partager l’expérience et le savoir-faire marocains avec les pays africains dans tous les domaines du développement, en s’inspirant d’une approche mutuelle qui englobe à la fois des domaines traditionnels de la formation et de la coopération technique, et des secteurs novateurs tels que l’investissement productif, les transports aériens et maritimes et les services à forte valeur ajoutée.

En ce qui a trait  aux perspectives de cette coopération, je tiens à rappeler que notre pays  dispose de plusieurs atouts permettant d’approfondir ses relations avec l’Afrique dont notamment la diversité de son économie et l’expertise acquise dans de nombreux domaines reconnue par l’ensemble des partenaires africains. De plus, l’économie marocaine jouie d’un système financier solide dont les acteurs publiques et privés se  distinguent par leur réussite africaine, sur laquelle il importe de capitaliser.

Dans ce sens, les investissements marocains en Afrique se démarquent par leur variété et richesse sectorielle à l’image des services qui constituent une composante essentielle de la demande africaine notamment dans le secteur bancaire, le transport aérien, les assurances et les télécommunications. La formation des cadres aussi bien au niveau universitaire que technique et professionnel a constitué, également, l’un des volets d’activités les plus en vue et aux résultats les plus tangibles.

Nous sommes déterminés à explorer, à travers une nouvelle approche et des mécanismes novateurs, des niches et des secteurs porteurs en phase avec les priorités, les ambitions et le potentiel de l’économie du Maroc. Nous devons être encore plus audacieux et innovateurs dans nos démarches visant à promouvoir de nouveaux vecteurs de croissance et de créer de nouvelles opportunités commerciales. Par une telle démarche, nous réitérons la confiance que nous plaçons dans l’économie africaine qui constitue un relais de croissance fiable pour les entreprises marocaines.

De plus, j’estime que le contexte économique actuel, au niveau régional et international, nous  pousse à être encore plus volontaristes et ambitieux dans nos démarches pour diversifier nos sources extérieures de croissance. Ce qui fait du développement de nos relations avec l’Afrique un impératif et une évidence à la fois naturelle et stratégique permettant d’atteindre différents objectifs prioritaires.

Il s’agit aujourd’hui de bâtir sur les acquis de notre partenariat économique avec l’Afrique, de les consolider et de les approfondir pour saisir l’ensemble des opportunités économiques et commerciales offertes à la fois par le Maroc et les pays partenaires africains.

 

Yasser Ayoubi

 

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