Diplomatie royale : une vision solidaire et un projet de société

• Dans un contexte de mutations, mais aussi de turbulences et de violence, la diplomatie marocaine sous l’égide du Souverain n’a eu de cesse d’apaiser, de régulariser et de renforcer les relations avec les partenaires et les voisins, mais aussi d’anticiper pour éviter et prévenir «les clashs de civilisations».

•Dans une géopolitique du monde de plus en plus complexe, il fallait veiller à une cohérence d’ensemble entre l’action interne et externe, veiller aux intérêts du pays et veiller à acquérir plus de visibilité et d’influence dans un esprit de responsabilité et solidarité.

• C’est le chemin proposé au plus haut sommet de l’État. En fonction de ces «fondamentaux», comment la diplomatie marocaine a-t-elle évolué ? Comment a-t-elle été repensée ? Nous avons posé la question à un diplomate aguerri, Youssef Amrani, qui, avant de démissionner de son poste, suite à la décision du comité central de l’Istiqlal, a passé 35 années au service de la diplomatie marocaine et gravi les échelons un à un, d’un métier d’envergure, dit-il, qui a ses contraintes, ses particularités et ses privilèges.

• Nommé à plusieurs reprises ambassadeur en Amérique latine, directeur au ministère, SG de l’UpM, ministre délégué, il nous livre une analyse argumentée de l’évolution diplomatique du Royaume, soulignant une ligne de fond : l’engagement du Souverain pour la promotion de la paix et les solutions pacifiques dans les conflits.

Le Matin : À une nouvelle étape de votre parcours personnel, riche de quelques décennies d’enseignement et d’observation de la politique internationale, quels regards portez-vous sur l’évolution de la diplomatie marocaine en général, celle du temps long de la coopération, des échanges, des partenariats, celle de la diplomatie globale qui traite des questions qui concernent tous les pays comme la répartition de l’eau, l’énergie, les pandémies… et la diplomatie multilatérale ?
Youssef Amrani : Sur le plan régional et international, le Maroc se distingue par sa proactivité, sa solidarité et son engagement sans faille à la promotion du dialogue et de la paix. Sa Majesté le Roi a fait un choix irréversible : celui de la construction d’un État démocratique, moderne, ouvert sur le monde et respectueux des valeurs universelles des droits de l’Homme. En matière de politique étrangère, il a opté pour un triptyque : le maintien de la paix, le développement de la coopération et la promotion des valeurs universelles. En cela, la diplomatie multilatérale est un axe cardinal. L’élection du Maroc au Conseil de sécurité pour l’année 2012-2013 est une preuve de la confiance que placent en lui les États membres de l’ONU. Sur les 193 voix, le Maroc en a emporté dans son sillage 151. Il s’agit d’une écrasante majorité ! C’est justement là où réside la force du Maroc, notre pays est un partenaire de confiance, possédant l’aptitude à construire des compromis et à générer des consensus.

Notre pays est un fervent défenseur de la coopération comme moyen de développement. La vision de Sa Majesté pour un avenir commun du Grand Maghreb est enracinée dans cette conviction. Il est vital pour nous maghrébins de bâtir notre espace commun, d’autant plus que nous disposons de tous les outils humains et techniques pour y parvenir. Le contraire serait un irresponsable gâchis.
Quant au second volet de votre question, je pense que la diplomatie du XXIe siècle est surtout celle des questions à caractère global. Avec la mondialisation, les enjeux se globalisent et se rejoignent d’où la nécessité d’une action globale concertée. Notre pays est activement engagé à traiter des questions globales qui se posent aujourd’hui à l’ensemble de la communauté internationale. Le maintien de la paix est le leitmotiv de la politique extérieure marocaine. Au lendemain de l’indépendance, le Maroc a contribué pour la première fois au maintien de la paix au Congo avec la mission ONUC. Aujourd’hui encore, notre pays continue d’être un contributeur important au maintien de la paix, avec une participation dans les missions en cours, aussi bien en Afrique avec la MONUSCO et l’ONUCI qu’en Europe avec une participation à la KFOR.

Un projet de société

La dernière décennie a été marquée au Maroc par deux initiatives qui sont en fait de véritables projets de sociétés, à savoir l’initiative d’autonomie pour le Sahara et l’ALECA qui fait suite au Statut avancé dans les relations avec l’UE ? Où en est-on avec la première initiative d’autonomie du Sahara ?
Je voudrais retenir un mot clé dans votre question, c’est le projet de société. Effectivement, Sa Majesté le Roi a initié, depuis son accession au Trône, les fondements d’un projet moderne et démocratique à travers des réformes sans précédent et des initiatives crédibles. C’est ce projet de société, défini et impulsé par Sa Majesté le Roi, qui nous a permis de défendre sereinement nos intérêts et de nous positionner aussi bien sur la scène régionale qu’internationale en tant que partenaire actif, respecté, écouté et pleinement attaché à la paix et à la sécurité internationale.Pour revenir à votre question, il est essentiel de préciser que les deux initiatives mentionnées ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont une émanation logique de ce projet de société initié par Sa Majesté le Roi, privilégiant les valeurs de modernité, d’ouverture, de pondération et de compromis. Concernant l’initiative d’autonomie, force est de constater que depuis sa présentation en 2007, non seulement la gestion du dossier a connu une dynamique après une longue période d’enlisement et d’absence de perspectives claires, mais notre position a été confortée à travers des acquis tangibles au niveau régional, international et à travers une réceptivité des grandes puissances à l’égard de l’approche marocaine. N’oublions pas que les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et les différents rapports du secrétaire général reconnaissent explicitement et sans équivoque la pertinence et la prééminence de l’initiative marocaine d’autonomie. Ces acquis sont intimement liés aux atouts de l’initiative d’autonomie, notamment son contenu substantiel, le processus de consultation qui a présidé à son élaboration ainsi que sa conformité avec la légalité internationale. Atouts qui ont amené les Nations unies et la communauté internationale à qualifier ce projet de sérieux, crédible et réaliste, compte tenu de sa capacité à assurer le progrès et le bien-être des populations et la gestion démocratique de leurs affaires locale. En un mot, cette initiative constitue une base solide pour parvenir à une solution politique définitive à ce différend loin des positions rigides et des approches dépassées.

Un dossier suivi directement et avec beaucoup de vigilance par le Souverain dont le rôle est déterminant dans certains moments de crise ?
Je dirai que les actions, les démarches et les contacts entrepris par Sa Majesté le Roi ont joué un rôle capital pour l’évolution positive du dossier. Pour illustrer mes propos, je citerai deux exemples : le premier remonte au 25 août dernier, date de l’entretien entre Sa Majesté le Roi et Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies. Cette conversation téléphonique a créé une nouvelle dynamique et a permis de clarifier les choses, particulièrement en ce qui concerne le mandat de la
MINURSO, le respect des paramètres du processus politique, la nature de la mission de l’Envoyé personnel et également l’importance des relations bilatérales avec l’Algérie. Le deuxième exemple du leadership et de l’engagement du Souverain est l’échéance d’avril 2013 avec l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2099, résolution qui a conforté la position marocaine grâce justement à l’impulsion décisive de Sa Majesté le Roi et suite à ses contacts personnels auprès des acteurs influents de la communauté internationale.
Par ailleurs, je voudrais saisir l’occasion pour répondre à ceux qui n’hésitent pas à instrumentaliser les nobles principes des droits de l’Homme dans les provinces du Sud en leur rappelant que cette résolution se félicite et reconnaît explicitement la portée et l’importance des réformes et décisions entreprises par le Maroc sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi pour la promotion et la protection des droits de l’Homme, notamment le renforcement de l’action du CNDH à Dakhla et Laâyoune ainsi que l’interaction du Royaume avec les procédures spéciales du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies.

Sahel : une nouvelle carte géopolitique

Avec la crise du Sahel en général et du Mali en particulier, avez-vous perçu des changements dans le dossier du Sahara, notamment de la part de l’Algérie ?
Certes, la situation dans la région du Sahel a conduit à une prise de conscience réelle des dangers liés à la recrudescence des menaces et des défis sécuritaires, après de nombreuses années où certaines parties faisaient la sourde oreille ou, dans les meilleurs scénarios, privilégiaient une approche étriquée. Cette situation a engendré une nouvelle donne avec une carte géopolitique et géostratégique qui rend de plus en plus urgent le règlement du différend autour du Sahara marocain. En un mot, tout le monde est d’avis aujourd’hui que le statu quo est intenable et que désormais une nouvelle approche est nécessaire pour traiter le dossier du Sahara, conformément aux paramètres définis par le Conseil de sécurité. Il s’agit là d’un constat souligné par M. Ross lors de son briefing devant le Conseil de sécurité le 28 novembre 2012.
Il s’agit également d’une démarche partagée par le Conseil de sécurité qui considère, dans sa résolution 2099, que la persistance du statu quo est inacceptable. Cela constitue une invitation claire aux autres parties pour faciliter et accélérer le règlement de la question du Sahara en agissant de bonne foi et sans plus tarder au bénéfice de la stabilité et de l’intégration maghrébine, en faisant preuve de responsabilité et en mettant un terme à leurs tentatives de déviation du processus politique mené par l’ONU. Concernant plus particulièrement les relations avec l’Algérie, il y a lieu de rappeler que le Maroc a toujours plaidé en faveur d’une normalisation des relations bilatérales dans le cadre du bon voisinage et du respect mutuel. Nous plaidons aussi en faveur d’un nouvel ordre maghrébin, qui serait, comme l’a décliné S.M. le Roi
Mohammed VI dans le discours royal du 6 novembre 2012, un facteur de stabilisation et de sécurisation de la zone sahélo-saharienne et un acteur structurant de l’intégration africaine.
L’Algérie est appelée à s’engager de bonne foi dans les efforts consentis pour parvenir à une solution politique définitive de la question du Sahara marocain. Il ne s’agit pas d’un simple vœu, mais d’une véritable demande exprimée par le Conseil de sécurité dont la résolution 2099 demande, explicitement, aux États voisins de coopérer davantage avec les Nations unies et les uns avec les autres. Le même texte onusien met l’accent sur l’importance de la coopération entre les pays de l’UMA et encourage l’Algérie à maintenir son dialogue avec le HCR au sujet du recensement des populations dans les camps de Tindouf.

Avec l’Europe, un changement de paradigme

Qu’en est-il de nos relations avec l’Europe qui implique une nouvelle géopolitique régionale ?
Je considère que l’Appel lancé par Sa Majesté le Roi pour l’émergence du statut avancé a constitué un élément fondateur pour l’éclosion d’un modèle partenarial exemplaire entre le Maroc et l’Union européenne. Cet Appel Royal nous a permis d’opérer, et je pèse mes mots, un véritable saut générationnel au niveau de la philosophie, de l’architecture et des instruments de nos relations multidimensionnelles avec l’Europe. Je m’explique : la conclusion du statut avancé nous a permis d’élargir l’horizon de nos relations avec l’Europe en allant au-delà d’une simple «logique de libre-échange», pour atteindre une intégration plus forte des structures politique, économique et sociale marocaines à celles de l’Union européenne. C’est, à mon sens, un véritable changement de paradigme qui s’est imposé au Maroc et à l’Europe à travers le statut avancé, voulu par Sa Majesté le Roi.

L’objectif est de construire les bases d’un espace économique commun entre le Maroc et l’Europe. Cet espace qui sera synonyme d’amélioration de l’attractivité et de la compétitivité globale de l’économie marocaine et un vecteur essentiel pour consolider le processus de modernisation des structures institutionnelles et réglementaires du Maroc, en adéquation avec les profondes réformes impulsées par Sa Majesté le Roi. N’ayons pas peur des mots : le statut avancé équivaut, à terme, à une «adhésion sur mesure» aux «quatre libertés» du marché intérieur européen, par le biais d’un transfert de politiques publiques européennes vers le Maroc.

Permettez-moi une petite digression : récemment, j’ai animé une séance de brainstorming avec certains cadres du ministère au sujet des perspectives d’évolution de nos relations avec l’UE et j’ai tenu, à ce titre, à faire appel aux compétences ayant contribué à la conclusion de l’Accord d’association en 1996 et à ceux ayant participé à la négociation du statut avancé pour avoir une perspective d’analyse la plus large possible. Au-delà des pistes d’action et de projection issues de cet exercice, nous avons pu constater que c’est tout le «langage» et le référentiel de nos relations avec l’Europe qui s’est métamorphosé dans le sens où nous ne parlions plus de «droits de douane, de démantèlement tarifaire, de prix de référence…», mais «de normes, d’obstacles non tarifaires, de facilitation du commerce, de propriété intellectuelle, ou encore de concurrence». Autant de thématiques qui illustrent parfaitement le saut générationnel induit par le Statut avancé.

Je suis conscient que la concrétisation du statut avancé dans la plénitude de ses dimensions ne sera pas un long fleuve tranquille. Ne serait-ce que pour la nature évolutive de cet objectif stratégique que d’aucuns qualifieront de «moving target». Nous devons, dans les années à venir, réussir le pari audacieux de la convergence réglementaire vers l’acquis communautaire qui est une condition sine qua non pour l’émergence d’un espace homogène et complémentaire régi par des principes et des règles uniformes entre le Maroc et l’Union européenne. Cette convergence réglementaire qui, je le souligne, n’est pas une simple opération technique, constitue une véritable transposition de systèmes, de valeurs, de modes de pensées qui sont à soumettre à des logiques et des réalités spécifiques au Maroc. C’est pour cela qu’il faudra opter pour une approche graduelle, sectorielle et séquencée pour manœuvrer entre deux préoccupations essentielles : la nécessité, d’une part, de tenir compte de notre capacité d’absorption de l’acquis communautaire et, d’autre part, de créer de synergies intelligentes entre le rapprochement réglementaire et les politiques publiques marocaines pour assurer la durabilité et l’acceptabilité des réformes. C’est l’esprit qui guide les négociations récemment lancées pour la conclusion d’un Accord de libre-échange complet et approfondi, premier du genre en Méditerranée.

Ceci étant dit, je suis intimement convaincu que nous disposons avec l’Union européenne d’une volonté stratégique commune, des instruments et des modes opératoires nécessaires en vue de cristalliser une perspective ambitieuse que le Maroc aspire légitimement à avoir dans ses relations avec l’Europe. Cette perspective ambitieuse est de nature à constituer une source d’émulation positive pour les pays du sud de la Méditerranée dans un environnement régional marqué par des profondes incertitudes.

Avec l’Afrique, des liens profonds et séculaires

D’autres inflexions ont marqué l’évolution diplomatique du Royaume : renforcement des relations avec l’Afrique et avec les pays du Golfe. Quelle politique sous-tend ces choix ?
Comme vous le savez, toute politique est avant tout l’expression d’une vision. La vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour l’Afrique repose sur un postulat très clair : le Maroc, en tant que pays africain, a une vocation naturelle à développer ses relations avec les pays africains frères, avec qui nous sommes liés à la fois par l’histoire, la géographie, les défis que nous devons relever ensemble, ainsi qu’un patrimoine culturel et civilisationnel commun qu’il nous incombe de préserver et d’alimenter. Ces liens riches et profonds sont le moteur de la politique africaine du Royaume, qui se concentre essentiellement sur trois axes spécifiques et complémentaires, à savoir le devoir de solidarité, l’impératif d’une croissance partagée et la promotion de la paix et de la sécurité.

Au cours de ces dernières années, la politique étrangère du Royaume à l’égard de l’Afrique s’est intensifiée à travers le renforcement de ces trois axes d’actions. En ce qui concerne le devoir de solidarité, les programmes de coopération initiés par le Maroc ont connu un élargissement et un dynamisme significatif du fait de l’augmentation substantielle du nombre des pays bénéficiaires et de la diversification des formes de soutien apporté. Sans vouloir être exhaustif, je dirais simplement que le Maroc a œuvré à la mise en œuvre de nombreux projets de développement dans plusieurs pays africains dans des domaines tels que la santé, l’agriculture, les pluies artificielles, la gestion des ressources en eau, l’irrigation, la lutte antiacridienne, l’électrification, le développement des infrastructures de base, l’éducation et la formation, pour ne citer que ceux-ci. La solidarité du Maroc s’est également manifestée à travers l’aide humanitaire en faveur des pays touchés par les catastrophes naturelles et les conflits (dons en blés, médicaments, matériel médical, hôpitaux de campagne…).

L’impératif de croissance partagée, tout en convergeant avec notre démarche solidaire, est fondé sur la conviction que notre réussite ne peut être que collective. Nous rejetons les thèses fatalistes concernant l’Afrique, nous croyons au contraire que notre continent à toutes les ressources nécessaires pour réussir son véritable décollage économique et répondre aux besoins et aux aspirations de sa population. Dans cette optique, il est fondamental de saisir les nombreuses opportunités qui s’offrent à nous en développant davantage nos capacités respectives et en échangeant nos expériences et savoir-faire afin de mieux exploiter les synergies potentielles dans tous les domaines. Ce partenariat gagnant-gagnant suppose bien entendu une volonté partagée d’approfondir la coopération Sud-Sud, loin de toutes manœuvres ou de tous calculs politiques forcément étriqués, eu égard aux véritables enjeux et aux défis que les pays africains ne pourront relever qu’ensemble, dans un esprit de responsabilité partagée et de pragmatisme politique. L’action diplomatique du Royaume repose sur cette conviction, cette volonté et ce pragmatisme. Elle se traduit notamment par un engagement actif pour la promotion d’une coopération Sud-Sud audacieuse, créative, et multidimensionnelle.

Le troisième axe de notre politique étrangère vis-à-vis de l’Afrique concerne notre engagement constant en faveur de la promotion de la paix et de la sécurité sur le continent. Cela ressort clairement de l’action diplomatique du Maroc au sein des principales instances sous-régionales et internationales, au premier rang desquelles l’ONU. Elu membre non permanent pour l’Afrique au Conseil de sécurité, le Royaume n’a ménagé aucun effort pour promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité du continent africain. Le rôle de premier plan joué par la diplomatie marocaine sur la question de la crise malienne ou la participation des troupes marocaines aux opérations du maintien de la paix en Afrique illustre cet engagement constant et reconnu du Royaume. Ainsi, pour revenir à votre question, je dirais qu’il y a une réaffirmation de notre politique constante en faveur de l’Afrique à travers un renforcement des trois axes d’action de notre diplomatie africaine, conformément à la vision et aux orientations de Sa Majesté le Roi. C’est d’ailleurs ce qui ressort de la récente tournée de Sa Majesté en Afrique de l’Ouest, en mars dernier, qui a imprimé une dynamique renouvelée aux relations du Maroc avec ses partenaires africains en ouvrant de nouvelles perspectives de coopération et en donnant une impulsion stratégique aux liens riches et séculaires qui nous lient à nos frères africains.
Concernant les relations du Royaume avec les pays du Golfe, la décision prise en 2012 de mettre en place un partenariat stratégique avec les pays du CCG s’inscrit dans le cadre de la continuité de notre action diplomatique envers ces pays et de la nécessité d’évoluer vers un cadre de coopération plus exigeant et ambitieux, en phase avec les enjeux et défis actuels et à venir. Comme vous le savez, le Royaume entretient des relations d’exception et de proximité au plus haut niveau avec ces pays.

Ces relations se caractérisent notamment par une entente forte et pérenne et par une fraternité arabe solide, agissante et sincère. La Vision royale concernant les relations avec le CCG repose sur ce socle relationnel privilégié et sur la détermination du Royaume à s’adapter, par le biais de mécanismes novateurs, à un contexte régional et international mouvant et de plus en plus complexe.
Le partenariat stratégique avec les pays du CCG répond à cet objectif en instaurant une nouvelle dimension régionale aux cadres de coopération bilatéraux existants, ce qui permettra d’ouvrir de nouveaux espaces de coopération. Les visites officielles effectuées par le Souverain en 2012 dans les pays frères de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Émirats arabes unis et du Koweït ont permis de jeter les jalons de ce partenariat multidimensionnel mutuellement bénéfique, dont l’une des manifestations concrètes a été l’annonce de la mise en place d’un mécanisme d’appui aux projets de développement du Maroc, doté d’une enveloppe de 5 milliards de dollars sur 5 ans (2012-2016).

Nos relations avec les États-Unis semblent marquer le pas. Un mot sur ces relations ?
Nos relations bilatérales avec les États-Unis se sont, contrairement à ce que vous semblez croire, approfondies davantage ces deux dernières années sous l’impulsion conjuguée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et du leadership américain. Le lancement, en 2012, du dialogue stratégique avec les États-Unis et l’invitation adressée à Sa Majesté par le Président Obama pour effectuer une visite officielle à Washington d’ici la fin de l’année traduisent cette évolution constante de nos relations depuis maintenant plus de deux siècles. Nos deux pays sont également liés par la géographie, car nous appartenons tous deux à l’espace atlantique, par un socle de valeurs partagées et par les défis que nous devons relever ensemble. La grande convergence de vues entre le Maroc et les États-Unis sur les questions régionales et internationales, notamment en matière de préservation et de consolidation de la paix au niveau international et régional, dans le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États ajoute à cette grande proximité forgée dans cet alliage d’amitié, de confiance mutuelle et de respect des intérêts vitaux respectifs. La profondeur et la force de notre partenariat stratégique proviennent de ce creuset riche et inoxydable, de ces liens qui transcendent les considérations idéologiques et partisanes et qui confèrent à cette relation un caractère unique, privilégié et pérenne.

Le lancement du Dialogue stratégique le 13 septembre 2012 a permis de renforcer le cadre institutionnel de notre coopération à travers la mise en place de nouveaux instruments de coopération novateurs. La deuxième session du Dialogue stratégique, qui a réuni à Rabat les groupes de travail politique et sécuritaire, lors de la récente visite au Maroc de Mme Wendy Sherman, secrétaire d’État adjointe chargé des Affaires politiques, a permis d’identifier de nouveaux axes de coopération prometteurs, à la hauteur de nos ambitions partagées et de notre engagement à sans cesse repousser les limites de notre partenariat stratégique.
Par ailleurs, il convient de préciser que le récent entretien téléphonique intervenu le 9 mai 2013 entre Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président Barack Obama, au cours duquel les deux Chefs d’État ont convenu d’intensifier la concertation politique entre les deux pays en optimisant le Dialogue stratégique, a consacré cette relation singulière entre nos deux pays, marquée du sceau de l’excellence. Bien entendu, ce partenariat ambitieux se veut multidimensionnel et, parallèlement à ce volet politique, nous partageons également de fructueuses relations économiques avec nos amis américains. Le Maroc et les États-Unis ont conclu un grand nombre d’accords et de cadres de coopérations bilatérales afin de promouvoir le développement humain et économique de notre pays, conformément à la volonté de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. En tant que partenaires, nous sommes déterminés à travailler conjointement pour promouvoir les conditions d’un développement harmonieux au service d’une prospérité partagée. Dans ce cadre, nous allons optimiser les retombées de l’accord de libre-échange et mettre en œuvre un agenda de coopération évolutif de soutien aux réformes menées par le Royaume à travers des mécanismes d’accompagnement ambitieux à l’instar du programme Millennium Challenge Corporation et dans le cadre du dialogue stratégique. La tenue de la prochaine session de la Business Conférence, prévue le 4 novembre 2013 à Rabat, sera l’occasion de concrétiser cette volonté.

Le métier de diplomate

Dans un monde interconnecté et globalisé, le rôle des diplomates est devenu beaucoup plus complexe, à la jonction du technique et du politique, au croisement du local, du régional, du national et du global. Qu’en est-il de la formation de nos diplomates ? Ont-ils été préparés à interagir avec ce monde complexe ?
Dans ce climat international instable, les diplomates deviennent, de facto, des acteurs multifonctionnels. Le diplomate doit disposer d’une grande adaptabilité et de polyvalence face à la transversalité des tâches qui lui incombent. L’action diplomatique actuelle repose donc sur des outils de compréhension qui sont à la mesure de la complexité du monde contemporain et où il est nécessaire de mêler à la culture théorique les éléments pratiques, car l’apprentissage du métier diplomatique se fait à la fois par le biais de ces formations spécifiques et par une «formation sur le tas», à savoir par la carrière. Le Royaume œuvre en ce sens. Il s’assure de la compétence et de l’efficacité de l’appareil diplomatique par la rigueur des recrutements et le sérieux de la formation.

L’Académie marocaine des études diplomatiques répond à cette exigence en associant aux enseignements théoriques dispensés, une formation au métier diplomatique, par la recherche et sur le terrain, notamment. Un bon diplomate a une culture propre et des compétences intellectuelles à même de lui donner une vision des événements dont il doit rendre compte et auxquels il peut prendre part. Ceci implique que le diplomate ait une bonne culture générale, qu’il soit doté d’une certaine expertise et d’une connaissance parfaite de ses dossiers : ainsi, des connaissances politiques, juridiques, historiques, économiques et une maitrise des langues sont indispensables, afin d’appréhender la complexité du monde. La valeur ajoutée du diplomate réside justement dans le croisement de l’analyse et la connaissance du «terrain». Aujourd’hui, l’Académie diplomatique dispose, en son sein, d’une pépinière de jeunes personnes motivées, aux profils très différents venant enrichir, de par leurs parcours respectifs, le corps diplomatique.

On assiste à une multiplication des acteurs de la société civile sur la scène internationale, ONG, réseaux, Parlements… et différentes communautés qui grignotent la puissance diplomatique des États. Quelle est votre réflexion sur cette question ?
Il est évident que tous ces acteurs ont un rôle important à l’échelle nationale et internationale, et que ce rôle est d’autant plus crucial dans les sociétés en transition ou en mutation. Ces acteurs sont au centre de tout processus de transformation politique et sociale et constituent un vecteur indispensable pour mobiliser, communiquer, faire face aux multiples défis et défendre les intérêts et les priorités des États. Il est donc certain que ces acteurs jouent un rôle de plus en plus influent dans l’action diplomatique et sont devenus par conséquent une partie intégrante de la scène internationale à tous les niveaux, et ils parviennent parfois à influencer les politiques étrangères des États.
Au vu de cela, le Maroc, en optant pour un vaste chantier de réformes politiques, économiques et sociales, a permis à la société civile marocaine d’assumer pleinement son rôle et de contribuer, selon une approche participative, inclusive, et en toute complémentarité avec les autres acteurs, aux domaines de la législation et du contrôle des politiques publiques.

Le Maroc a pu ainsi consolider son projet de société moderne et ouverte sur son espace régional et international. Ces réformes ont notamment dynamisé le rôle de la société civile marocaine, en mettant en place les conditions propices à l’éclosion d’un paysage associatif dynamique et pluraliste ; une pierre angulaire dans le processus de consolidation démocratique. Le Maroc œuvre également à la consécration du rôle des médias et des autres réseaux d’information, et demeure déterminé et engagé à consolider ce rôle, eu égard aux nouvelles formes de communication sans cesse rénovée offertes par les nouvelles technologies de l’information.

Le Maroc est toujours mobilisé pour relever tous les défis posés par cette évolution, aussi bien technologique que culturelle, en s’appuyant sur la créativité, l’innovation, la diversité et l’ouverture.
Avec cette multiplication des acteurs de la société civile, conjuguée à une communication devenue de plus en plus primordiale, la diplomatie marocaine, qui est bâtie sur des ressources humaines d’une richesse exceptionnelle par ses talents, ainsi que sur une diversité de profils, un profond dévouement, une disponibilité et une mobilité permanente, a su s’étendre à de nouveaux procédés de communication, qui s’inscrivent dans un cadre et une logique de réalisation des objectifs de politique étrangère marocaine et de défense les intérêts suprêmes du pays.

 

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